Reflet
Paris, 2026.
À la mort de son père, Thomas Caul, journaliste dans une grande chaîne d'information en continu, reçoit un étrange héritage : des photographies, des enregistrements et des documents consacrés à une affaire oubliée de 1973.
Le 21 juin 1973, Henri Bellier, jeune militant d'Ordre nouveau, est assassiné à Paris lors d'une manifestation qui oppose l'extrême droite et l'extrême gauche. L'affaire est rapidement refermée. L'extrême gauche est désignée comme responsable.
Thomas a toujours vécu dans le rejet des convictions politiques de son père, un homme dont il ne comprenait ni les engagements ni les obsessions. Il pensait avoir définitivement rompu avec cette histoire.
Mais dans les archives qu'il lui laisse, Thomas découvre des images et des documents qui ne correspondent pas au récit officiel.
Il décide alors de remonter le fil.
De 1973 à 1961, des policiers, des journalistes, des militants et des témoins vont réapparaître à travers leurs voix et leurs traces.
Et derrière une affaire criminelle se dessine progressivement une histoire beaucoup plus vaste : celle d'une extrême droite française qui, génération après génération, change de noms, de visages et de discours, mais réactive les mêmes récits, les mêmes ennemis et les mêmes mécanismes de désignation.
Et si ce qui avait disparu de l'Histoire était précisément ce que quelqu'un avait voulu faire disparaître ?
A propos du spectacle
REFLET est une enquête théâtrale qui mêle thriller politique, whodunit, film d'espionnage et giallo.
Le spectacle s'inspire librement de faits historiques réels : la guerre d'Algérie, les violences de 1961, les réseaux nationalistes qui leur survivent, Mai 68, la recomposition de l'extrême droite française, la création du Front national et les événements qui entourent la manifestation du 21 juin 1973.
Mais REFLET n'est pas une reconstitution historique.
À partir de cette matière réelle, le spectacle construit une uchronie : une histoire fictive qui se glisse dans les interstices de l'Histoire officielle. Une histoire de photographies disparues. De bandes enregistrées. De témoins assassinés. De policiers qui cherchent à comprendre. De militants qui cherchent un coupable. Et d'un homme qui, cinquante ans plus tard, tente de comprendre ce que son père lui a réellement transmis.
Si REFLET est ouvertement un spectacle contre l'extrême droite, il ne cherche pourtant pas simplement à rappeler ce que l'on sait déjà de ses idées ou de ses violences. Il cherche à comprendre comment une histoire politique se perpétue. Comment des héritages idéologiques traversent les générations. Comment des organisations disparaissent pour réapparaître sous d'autres noms. Comment certains récits se transforment sans disparaître. Et comment, au fil des décennies, les mêmes mécanismes peuvent se répéter sous des formes nouvelles.
L'histoire
Paris, 2026.
Thomas Caul travaille dans une chaîne d'information en continu. Il passe ses journées à monter des images, enregistrer des voix et fabriquer des récits pour un public qui ne cesse d'en demander davantage.
Son père appartenait à une génération profondément marquée par l'extrême droite et par une histoire politique dont Thomas a rejeté les convictions, les obsessions et les silences. Leur désaccord politique a progressivement transformé leur relation en distance. Thomas est devenu journaliste avec la conviction que les faits, les documents et les récits pouvaient permettre de résister à ce qu'il considérait comme les mensonges et les simplifications de son père.
À sa mort, il reçoit pourtant ses archives. Parmi elles se trouvent les traces d'une affaire qui remonte au 21 juin 1973.
Ce soir-là, Henri Bellier, jeune militant d'Ordre nouveau, est assassiné lors des affrontements qui suivent un meeting d'extrême droite à la Mutualité. L'extrême gauche est immédiatement désignée comme responsable. Mais autour de cette mort, plusieurs témoins sont assassinés. Thomas enquête. Et plus il avance, plus il comprend que son père n'était pas simplement un homme obsédé par une vieille affaire. Il poursuivait quelque chose. Quelque chose qu'il n'a jamais réussi à terminer.
À mesure que Thomas reconstitue cette nuit de juin 1973, une autre date apparaît derrière toutes les autres : 1961. Une cave. Une voix. Un nom. Une histoire qui n'aurait jamais dû refaire surface.
Thomas comprend alors que son enquête n'est pas seulement celle d'un journaliste cherchant à résoudre une affaire vieille de cinquante ans. C'est l'héritage que son père lui a laissé. Et peut-être la possibilité, pour la première fois, de comprendre celui qu'il avait passé sa vie à rejeter.
Peut-on comprendre l'histoire de ceux qui nous ont précédés sans devenir les héritiers de leurs convictions ?
Galerie
Note d'intention
REFLET est né d'une histoire intime : celle d'un fils confronté à la radicalisation de son père et à l'héritage politique qu'elle a laissé derrière elle.
Je ne voulais pas écrire un spectacle qui se contente de dénoncer l'extrême droite contemporaine. Cette dénonciation est nécessaire, mais elle ne suffit pas. J'ai voulu remonter le fil. Comprendre d'où viennent les récits. Les obsessions. Les ennemis. Les mots. Les images. Les filiations. Et surtout comprendre comment, d'une génération à l'autre, une même histoire peut se répéter sous des formes différentes.
C'est pourquoi le spectacle remonte jusqu'à 1961, à la guerre d'Algérie et aux violences qui l'accompagnent en métropole, avant de rejoindre 1973, quelques jours seulement après la manifestation du 21 juin et avant la dissolution d'Ordre nouveau et de la Ligue communiste.
1973 est un moment charnière. L'extrême droite française se réorganise et cherche une nouvelle expression politique. Un an plus tard, en 1974, Jean-Marie Le Pen et le Front national se présentent pour la première fois à l'élection présidentielle.
L'histoire de l'extrême droite française ne commence donc évidemment pas en 1973. Elle s'inscrit dans une histoire beaucoup plus longue, qui passe notamment par l'affaire Dreyfus, l'Action française, Maurras, Vichy, Pétain, la guerre d'Algérie et les réseaux nationalistes qui lui survivent.
REFLET assume pleinement cette filiation. Mais le spectacle ne cherche pas à donner une leçon d'histoire. Il utilise les outils du thriller. Une enquête. Des meurtres. Des photographies. Des bandes sonores. Des témoins qui disparaissent. Des policiers qui mentent ou doutent. Des archives qui ne disent jamais toute la vérité. Et une question qui revient sans cesse : qui fabrique le récit d'un événement ?
À partir de cette période réelle, REFLET invente une autre histoire. Une histoire dans laquelle les photographies deviennent des preuves, les voix des fantômes et les archives des portes ouvertes sur un passé que certains voudraient maintenir enfoui.
Le spectacle emprunte autant au cinéma politique français et italien des années 1970 qu'au film d'espionnage, au thriller paranoïaque et au giallo. Il s'intéresse à ces films qui racontent des sociétés traversées par la peur, les complots, la violence politique et la manipulation des récits.
Mais derrière l'enquête et le mystère, REFLET raconte surtout une histoire de transmission et de rédemption. Un père laisse à son fils les traces d'une histoire qu'il n'a jamais réussi à résoudre. Un fils qui pensait avoir définitivement rejeté les convictions de son père découvre qu'il doit pourtant traverser cette histoire pour comprendre ce qu'il en a hérité.
L'enquête devient alors une forme de confrontation. Avec les morts. Avec l'Histoire. Avec son père. Et avec lui-même. Thomas cherche à comprendre pourquoi son père est devenu l'homme qu'il a rejeté. Mais en remontant son histoire, il découvre aussi les mécanismes qui permettent à certaines idées de survivre à ceux qui les portent. Le passé ne revient pas exactement à l'identique. Il se répète en se transformant.
C'est là que se trouve le véritable « reflet » du titre : entre 1961 et 1973, entre 1973 et aujourd'hui, entre un père et son fils, entre les histoires que nous croyons avoir dépassées et celles qui continuent de nous façonner.
REFLET sera créé en 2027 / 2028.